Retour sur la qualification hors-course.

          « A quoi servent les qualifications ? A la suite de la Mini‐Transat 1999 ‐ qui a vu près de la moitié de la flotte abandonner et de très nombreuses balises déclenchées ‐ la Classe Mini, fortement incitée par la FFVoile, a dû réagir.

Nous avons donc mis en place une qualification en deux temps : 1000 milles en solitaire sur un parcours imposé et 1000 milles en course, en solitaire ou en double avec au moins une course en solitaire.(…) L’objectif est simple : permettre aux candidats à la Transat de prendre conscience à la fois de leur véritable niveau technique et de leur aptitude psychologique à la navigation en solitaire. Traverser l’Atlantique en solo n’a rien d’anodin. (…)C’est un véritable engagement personnel, une expérience où l’on prend son destin en charge : au milieu de l’océan, on ne peut compter sur personne. (…)

Certains voient dans cette « qualif' » un obstacle de plus sur le chemin semé d’embûches qui mène au départ de la Mini‐Transat. D’autres, la plupart de ceux qui l’ont effectuée, ont apprécié. On apprend beaucoup au cours de sa qualification. Souvent, on en revient transformé. Vous verrez, vous ne le regretterez pas… »

La classe Mini

   Et ils avaient raison à la classe mini, on en revient transformé. Quelle expérience cette qualification hors course! Avec 6 jours en mer et 1000 miles parcourus, cette véritable navigation océanique est vraiment un test de passage personnel vers la mini transat. Sur un parcours comme celui-ci, on rentre véritablement dans un « mode » différent: on se retrouve seul avec pour compagnons: la mer, le vent et son voilier. Cela peut sembler étrange à l’œil extérieur  de réussir à vivre avec si peu de choses, mais pour moi ça a été un réel coup de foudre! J’aime être en mer, vivre au jour le jour et avancer vers mon objectif! Sur mon carnet de santé, un médecin pourrait écrire « apte et  inarrêtable pour une mini transat »!!!

vent est

Je suis donc parti le mercredi 11 septembre de La Rochelle après quelques jours stressants car ma pile à combustible avait cessé de fonctionner. C’est grâce à Nikki Curwen, Skipper du N°741 qui m’a généreusement  prêté un générateur, que j’ai pu partir rapidement. En effet, j’étais un peu pressé par le temps car une formidable fenêtre météo était déjà ouverte depuis une semaine, du vent d’Est et du soleil! Et quelle fenêtre! Ce vent de secteur Est me permettra d’atteindre l’Irlande en 2 jours et 9 heures en utilisant majoritairement le spi médiun, puis le gennaker, le rêve!  Durant ces premiers jours, je n’ai pas beaucoup dormi, véritablement excité par ces formidables conditions, je n’ai pas beaucoup quitté la barre, ne boudant pas mon plaisir dans des surfs à plus de 16 nœuds! C’est en montant vers Coningbeg, que j’ai rencontré le plus de monde sur l’eau: au sud de la Bretagne de nombreux chalutiers et un maxi trimaran (devant lequel je suis partis en vrac la 1ère nuit…) et dans la manche des cargos gigantesques qui ne s’écartent pas pour vous laisser passer! Mais grâce à l’AIS et un peu de sang froid, les nuits se sont biens passées et j’ai pu dormir un peu en mer celtique qui elle, était formidablement vide de bateaux!

Arrivée à la bouée de Coningbeg au Sud de L’Irlande, un phoque m’attendait pour me souhaiter la bienvenue en Irlande (que je ne verrai pas à cause du brouillard) et après un échange cordial de salutations, j’ai pris la route du retour dans une mer d’Irlande toujours aussi vide! C’est à l’entrée en Manche que les choses se sont un peu corsées, le vent a subitement atteint plus de 30 noeuds et la mer est devenue impressionnante. J’ai donc rapidement réduit la voilure à 2 ris dans la GV et 1 ris dans la voile d’avant: C’était parfois insuffisant, mais j’avais la conviction que cela ne durerait pas très longtemps. En effet, 2 heures plus tard le vent est descendu à 25 nœuds, il était temps de faire le bilan: j’étais trempé jusqu’aux os, comme l’intérieur du bateau mais surtout le générateur s’était noyé dans l’eau présente au fond du bateau. Le moral était au plus bas, j’envisageais déjà les 4 prochains jours sans pilote et donc sans sommeil… Heureusement, après la pluie vient toujours le beau temps et 12 heures plus tard, je réussissais à faire démarrer le générateur dans un grand cri de joie, je pouvais enfin aller faire une sieste!

pipit

  Après avoir passé la pointe du Finistère au ras des cailloux pour éviter les courants contraires, je me suis engagé au près, dans un vent faible , sous la côte bretonne. Malheureusement, ce petit air frais s’est rapidement transformé en pas de vent du tout… Alors autant prendre son mal en patience et en profiter! J’ai sorti toutes les affaires sur le pont pour qu’elles sèchent et je me suis installé confortablement avec un livre (que je recommande d’ailleurs cf. vidéo). Quel bonheur! Et en plus je m’était fait un ami, ce pipit farlouse, certainement poussé en mer par le vent d’est et pourchassé par 2 sternes avait trouvé refuge sur mon bateau et fait de mes cheveux sont nid! Il restera  toutes la soirée à bord, mais nul trace de lui au au réveil…. Le dernier jour annonçait l’arrivée. Avide d’une bonne douche, je me suis lancé dans une longue série de virements de bords entre l’île de Ré et le continent. Elle se terminera au petit matin devant La Rochelle où Jean Saucet et un magnifique lever de soleil m’attendaient. C’était vraiment magique, j’avais l’impression de revenir d’un très très long voyage, comblé de plein d’histoires et d’émotions, mais déjà partagé entre l’envie de repartir et la nécessité de rester….