Roll My Chicken décroche la 10ème place de la Mini Transat 2015 !

          Ca y est, c’est fait, j’ai traversé l’atlantique en course, en solitaire et sans assistance !  Cette performance sportive et humaine qui peut paraitre étonnante aura été mon seul objectif ces deux dernières années. En atteignant la Guadeloupe en 15 jours 10h, 38 minutes et 40 secondes en 10ème position, je réalise cet objectif, au prix de quelques émotions fortes et de souvenirs inoubliables. Voici le récit de la deuxième étape.

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Départ de Lanzarote

              Après 5 semaines d’escales aux Canaries afin d’attendre un système météo favorable, le départ était pour le 31 octobre. J’avais donc eu tout le temps nécessaire pour préparer le bateau en tirant les leçons de la 1ère étape qui c’était par ailleurs très bien déroulée. La nourriture était directement arrivée de France par camion et tout mon équipement était au complet. La semaine avant le départ je restais donc concentré sur la course, regardant chaque jours les prévisions météorologiques, elles s’annonçaient exceptionnelle avec des vents modérés à forts, les routages nous faisant arriver en moins de 14 jours. Un départ complètement différent de Douarnenez, cette fois-ci, pas de télé, de famille ou d’amis, un peu moins d’incertitude après une première étape réussie, mais surtout un objectif plus concret, l’arrivée de cette étape serait la fin de la course. Je partais donc avec moins de stress, d’émotions mais surtout beaucoup plus concentré sur ma course et conscient de ce qui m’attendait. Après un léger retard, le départ de la course était donné dans un vent assez fort, je partais en forme, décidé, sous spi médium, 1 ris dans la grand-voile et dans le solent, ça glissait bien !

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3 jours de galère

          Le visage de ma course a changé en 72 heures, je partais avec une volonté de compétiteur : ne rien lâcher, pousser mes limites pour gagner des places… 3 Jours plus tard l’objectif avait clairement changé, je devais alors traverser l’atlantique en gardant le bateau entier… Tout a commencé la première nuit, avec un filet dérivant au large de la Mauritanie. J’étais dans le groupe de tête quand mon bateau s’arrête net ! Je comprends vite que je viens de « ramasser » un objet flottant. Je fais alors le tour du bateau et je découvre des bidons accroché à un câble en acier qui  est lui enroulé autour de ma quille. Il fait alors nuit noire, la mer est agité et il souffle près de 25 nœuds, il n’est alors pas du tout raisonnable de plonger, je bataille donc une bonne heure pour m’en extirper en arrêtant le bateau et pendant ce temps-là je perds des miles… Mais c’est le lendemain que la grosse galère survient. En début d’après-midi, je me lance dans un check complet du bateau (important après 24h de course). Je découvre alors que la pièce en plastique, servant à l’appui du bout dehors (sur lequel on accroche les spinnakers) est cassée et qu’un morceau a disparu. Je me lance dans une première, puis une deuxième (au cours de laquelle je perds ce qu’il reste de la dite pièce) et enfin une troisième réparation ! Plus inquiétant encore : afin de réparer j’ai dû ralentir le bateau, celui-ci est alors balloté par les vagues au bout de 2 heures de réparation, je tombe malade, je suis alors un peu inquiet pour le reste de la course ! Je termine la journée sous toilé pour ne pas forcer sur ma réparation, et épuisé par mon mal de mer, je sais que le groupe de tête à pris une bonne avance et que je suis maintenant handicapé pour le reste de la course, ça commence bien ! Le deuxième jour je croise le chemin du premier bateau de série qui n’a que peu d’infos sur mes concurrents, je commence à m’inquiéter de mon retard.  Des orages se formaient sur le Cap Vert et les routages me disaient d’empanner, il était donc temps : direction l’Ouest en route pour la Guadeloupe ! A ce moment-là le vent était vraiment fort et la mer bien agitée, la nuit était complètement noire, impossible de barrer pour moi, je fais confiance au pilote et quel boucher !!! Le bateau sautait de partout et enchainait les surfs à plus de 17 nœuds, j’avais du retard à rattraper,  c’était assez terrifiant, mais  il fallait avancer, et vite ! Après un premier départ à l’abatée (le bateau ce couche à 90° sur l’eau et ne se redresse pas)  je réduis la voilure et repart sous pilote. Toute la nuit le bateau me joue des mauvais tours, enchaine abatées et départs au tas. Ce n’est qu’au matin que je comprends pourquoi… Dans ma première abatée, en libérant trop tôt l’amure de mon spi j’ai cassé l’anémomètre et la girouette en haut du mat, supprimant ainsi toutes les informations utiles au pilote automatique pour barrer en mode vent. Grosse déception, je n’ai pas de pièce pour réparer cette panne et je devrais alors utiliser le pilote en mode compas (Il ne gardera pas un angle constant par rapport au vent) ce qui dégrade les performances du bateau quand il sera sous pilote automatique, j’enrage ! Quelques heures plus tard le verdict tombe avec l’annonce par radio BLU du classement : j’ai plus de 70 miles de retard sur le premier…

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            Le moral baisse alors d’un cran, j’ai un gros retard et je suis handicapé. Je sais alors que je ne pourrais pas raccrocher les premiers… La course au large à la voile est un jeu impitoyable, sorte de course éliminatoire : quand on fait une erreur c’est quasiment impossible de revenir. L’objectif pour moi change alors ce n’est plus une course mais une simple traversée de l’Atlantique dans laquelle je m’engage. C’est dur à avaler il me faudra plusieurs jours pour l’accepter, je me refusais l’abandon car il y avait une aventure à vivre, à finir!!! Avec le recul de ces quelques semaines je pense que ça aura été le moment le plus dur de ma transat.

La longue route….

             Après avoir fait autant de route vers le sud le long de l’Afrique,  il s’agissait de traverser l’Atlantique le plus directement possible. Un vent soutenu de secteur Est Nord-Est  nous a poussés alors dans la bonne direction pendant près de 8 jours et chaque jour était quasiment identique à l’autre, voici le résumé d’une journée. Il est difficile de fixer l’heure des événements car j’ai traversé 6 fuseaux horaires pendant la traversée c’est donc le soleil qui dictera le rythme de mes journées…

parcours transat

Le ciel s’éclairci dans l’Est- Il est temps de commencer la journée ! Je commence par récupérer le sac de vivres quotidiens et sort sur le pont avec le petit déjeuner. Premier objectif, barrer un peu pour récupérer des sensations, sentir si le bateau est bien réglé, s’il n’y pas de d’algues accrochées aux appendices… C’est le moment où on fait le bilan de la nuit passé !

Le soleil se lève – Il est temps d’orienté les panneaux solaires. Avec 300 Watts d’installés ils étaient ma seule source d’énergie pour recharger les batteries et faire fonctionner le pilote. Chaque journée, je changeais aux moins 4 fois leurs orientation afin d’optimiser leur production en fonction de la position du soleil dans le ciel. C’était un pari un peu risqué de partir avec cette option mais elle s’est avérée payante, je n’ai eu aucun souci ! Une super solution Prix/Poids/Fiabilité que je recommande ! C’est aussi le moment où la température monte, dans ses latitudes, il ne fait pas froid, généralement en short T-Shirt la journée, la nuit est plus humide, le ciré est le bienvenu mais quel plaisir de l’enlever aux faveurs des premiers rayons !

Il est temps d’avaler des miles – Je divisais la journée en deux périodes de barres, une le matin et une l’après-midi. Ces longues périodes (souvent 4/5h d’affilé) me permettent de gagner des miles (je barre mieux que mon pilote dans ses conditions), de recharger mes batteries et de me faire plaisir ! Barrer est une activité quasi hypnotique, après un certain temps, on ne fait qu’un avec le bateau, chacun de ses mouvements, de ses bruits est une information pour modifier sa route, on pourrait presque naviguer les yeux fermés ! Je passe donc des heures les yeux rivés au speedo pour vérifier ma vitesse et me lance des défis : faire du gain au vent, vitesse max, nombre de miles en 1 heure…

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12h03 Temps Universel – C’est l’heure de la vacation BLU. Cette radio nous permet de capter la radio longue ondes et une fois par jour, les prévisions météo à 3 jours ainsi que le classement de la course. J’avais bien compris l’enjeu de ces vacations et j’avais emporté 2 radios à bord. Malheureusement pour moi la première tombe à l’eau le 4ème jour dans un départ à l’abaté et la 2ème cesse de fonctionner après la vacation du 6ème jour… Je traverserais donc l’Atlantique à l’aveugle… En termes de performance ne pas avoir de météo est sérieusement handicapant, difficile de négocier certains phénomènes météo favorablement (onde d’est, front…). Pour le moral, c’est de ne pas avoir le classement qui embête, on ne sait pas si les choix stratégiques et les efforts sont payants par rapport aux concurrents. A partir de ce moment je ferai donc vraiment la course tout seul dans mon coin, tactiquement c’est généralement mauvais, il est toujours bon de naviguer en groupe, ça pousse au dépassement!

La pause du midi – Ensuite viens la pause du midi avec au programme, réparation en tout genre (voile, brosse à dent, cordages, multiples tentative sur l’Ipod…), petite toilette, checkup et rangement du bateau. A la fin de cette pause tout le bateau est censé être en pleine forme, prêt à tout comme si il venait de sortir du port. C’est très important de ne pas se laisser se faire dépasser par des petits problèmes car leur accumulation peut vraiment vous rendre la vie horrible ! Ensuite j’allumais le réchaud pour le repas du midi. J’essayais de manger un repas sous vide le midi et un lyophilisé le soir mais en réalité je sautais un repas sur 3 minimum… Pas génial pour être à 100% mais je ne me suis jamais senti en danger, toujours à l’écoute de mon corps je mangeais à ma faim, anticipant les demandes en énergies ponctuelles avec des friandises !

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Après manger- C’est reparti pour des heures de barre comme le matin, au programme long surf et réglage des voiles avec le soleil et la chaleur en plus. Le T-shirt blanc, le bob et les lunettes deviennent alors indispensables !

Le soleil se couche – Il est temps de ranger les panneaux solaires fixés sur le pont du bateau et de préparer le bateau pour la nuit. Je jette généralement un coup d’œil un peu partout dans le bateau, sur le pont mais aussi dans le ciel derrière moi. L’alizé est un vent stable qui est perturbé très localement par de gros nuages cumulus (des grains) qui apportent pluie et rafales, assez facilement gérable le jour, ça peut devenir périlleux la nuit si on se fait surprendre. Ainsi comme sur mer on voit loin, en observant les nuages sur l’horizon, on peut prédire le type de vent pour la première partie de la nuit, pratique !

Il fait Noir – La majeure partie de la course s’est effectuée avec des nuits noires et je n’arrivais pas à mieux barrer que mon pilote. Dès que la nuit était tombée après un rapide repas, je me mettais rapidement en mode « nuit ». Cela consistait en alternance de phase de repos et phase veille. Quand le ciel était exempt de  grain et le pilote barrait bien, les phases de repos étaient la succession  de sommeil de 20 minutes, allongé à l’intérieur du bateau. En réalité je n’ai eu que très peu de temps comme ça et beaucoup de veille… Généralement en mode veille je somnolais avec l’écoute de spi dans une main et la télécommande de pilote dans l’autre, assis ou allongé à l’extérieur. Pas très confortable mais nécessaire afin de guider le pilote dans les surfs ou pour éviter in extremis le départ au tas ou à l’abatée. Je rajouterais aussi un autre « involontaire » : le coma. Il m’ait arrivé de ne pas me réveiller et de dormir plusieurs heures car accablé par la fatigue je n’entendais pas mes réveils ou par ce que ces derniers avaient disjoncté, quand je dormais… Heureusement que l’océan est vaste et sa surface assez peu fréquentée ! Les comas finissent souvent par un réveil avec le bateau couché sur l’eau (départ au tas ou à l’abatée) car le vent a changé de direction et le pilote automatique n’a pas modifié sa route en conséquence. On se réveille alors la tête en bas, le bateau sens dessus dessous. En quelques secondes l’esprit devient clair et les gestes redeviennent précis, on s’accroche au bateau, on sort sur le pont, s’enchainent alors une série de manœuvres pour éviter de tout casser et reprendre la route au plus vite. Avec mon problème de pilote ce genre de choses m’arrivait en général une à deux fois par nuit…

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      En plus de tout ce que je viens d’écrire il y avait aussi  bien sur toute la navigation à faire: tenir à jour le livre de bord, changer les voiles, les régler, enlever les paquets d’algues accrochées au bateau, établir une stratégie… Les journées étaient bien remplies !

Ça sent l’arrivée compliquée !

            A 700 milles nautiques de la Guadeloupe je commençais à penser à l’arrivé… Difficile à faire quand on n’a pas la météo ! Ma stratégie était simple, rester dans son Est et si les conditions commençaient à devenir « particulières » j’allais chercher l’alizé profond (plus stable) au Sud ! J’étais déjà suffisamment sud je n’ai eu qu’à gérer les bascules de vent, les grains et quelques zones de pétole… Et ça m’a fait le plus grand bien, enfin un peu d’action et de réflexion après toutes ces journées si semblables ! Je passais donc mes journées à empanner et travailler mes trajectoires afin de profiter au mieux des changements de météo liés aux grains. C’est dans ces eaux que j’ai commencé à rencontrer beaucoup de sargasses, ces algues qui se regroupent et forment des ilots à la surface. Certains jours je faisais des marches arrière toutes les 2 heures et je passais le reste du temps accroupi à l’arrière à les retirer des safrans. On perd énormément de vitesse et de contrôle sur le bateau quand elles s’accrochent ! A ce moment c’est aussi devenu impossible d’éviter de faire des calculs mentaux pour déterminer une possible date d’arrivée. Comme je ne me battais plus directement contre des concurrents, je n’avais qu’une seule envie, arriver ! L’incertitude météo, les algues, cumulé à la fatigue ont rendu ces derniers jours vraiment particuliers. A fleur de peau, j’ai vécu ces derniers moments en mer intensément, pensant déjà aux prochaines navigations. Une chose était sûre, alors je voulais repartir. Je réfléchissais déjà à l’orientation de mes prochains projets voile, au dessin de mon prochain mini, je commençais à prendre du recul, de l’élan pour dès le pied posé à terre pouvoir rebondir !

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Une arrivée magique !

           24h avant l’arrivée j’entendais pour la première fois la voix d’un concurent à la radio ! Des ministes n’étaient plus très loins et je pouvais rentrer en contact eux, leurs demander des nouvelles, un peu de météo, entrainer ma voix à parler après 13 jours d’inactivité. Quel bonheur ! Heureux de faire la course avec quelqu’un (même  s’ils n’étaient pas de la même catégorie) je me suis donné à fond dans ces dernières heures à passer en mer. Le Samedi après midi j’apperçois alors la Désirade, Marie Galante puis la Guadeloupe. Bien toilé, j’enchaine les empanages le long des cotes, et les colisions avec les bouées de pêcheurs mais je n’ai qu’une envie : arriver au plus vite ! Il fait nuit quand j’approche la ligne d’arrivée et le vent tombe, je sais qu’a cette heure-là il peut presque devenir nul, je reste concentré, la fin de cette aventure est si proche ! Des bateaux à moteur m’approchent, ils fourmillent de mes amis mais tellement concentré, l’esprit dressé vers cette ligne d’arrivée que je cherche, je ne les reconnaitrais pas… J’entends bientôt le comité de course annoncer mon approche sur la ligne d’arrivée, 3, 2, 1, arrivée du 679 ! Ca y est, je l’ai fait ! Un cri sort de mes entrailles comme jamais je n’en avais entendu. J’éclate de joie, je laisse le bateau faire sa route, mon corps et mon esprit se libérer d’une énergie accumulée depuis tellement longtemps ! Quelles émotions je n’avais jamais vécu de tel auparavent, quel bonheur… Les bateaux viennent me voir je peux enfin embrasser mes amis et ma sœur. Quelle allègresse, quelle surprise de les trouver là, je ne m’attendais pas à un tel comité d’acceuil ! Un bateau me prend ensuite en remorque juqu’au port ou la fête bat sont plein,  on m’emène au quai d’honneur, ou la foule m’attend. Je pose enfin pied à terre ! Je retrouve alors ma famille, mes amis , les concurents et beaucoup de personnes que je connais, ce sont de grandes retrouvailles, quel joie de tous les retrouver ! J’essaye d’articuler des brides de premières impression au milieu d’embrassades. On m’offre du rhum des fruits, de la nourriture fraiche et même une galette bretonne, quel luxe ! Mes amis ministes me jètent ensuite à l’eau pour le bain rituel d’arrivée. Quelle sensation incroyable de se retrouver plongé dans l’eau après tant de temps à naviguer dessus. La fête se poursuivra tard cette nuit là et je me réveillerai au petit matin, encore dans mon bateau mais bien conscient d’être arrivé, ces dernières heures n’étaient pas un rêve !

11036835_966951163377607_819693755544200316_nL’interview à chaud le soir de l’arrivée est visible ici.